ELIZAVETA KONOVALOVAElizaveta_KONOVALOVA.html
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Partant d’une observation minutieuse de son environnement, Elizaveta Konovalova détourne de manière sensible le quotidien.


Soucieuse de créer des projets vivants, activables selon des contextes spécifiques, Elizaveta Konovalova, à partir de formes simples, perturbe l’évidence des choses en proposant une logique où coexistent des réalités factuelles et sensibles.


Constituée à partir de sa collection de papiers millimétrés de différentes teintes, Aurora permet d’affirmer une réalité, là où un objet singulier ne serait qu’exception. Surface de précision, une feuille de papier millimétré est un outil de base qui incarne un repère, un standard. La volonté de l’artiste est ici de perturber l’uniformité de ce matériau en mettant en évidence sa seule caractéristique subjective, la couleur. En effet, les teintes du papier millimétré varient selon le fabricant. À partir de cet échantillonnage, les pièces ainsi assemblées et collées à même le mur produisent un dessin en léger dégradé de couleur.


Pointing North transforme un objet fonctionnel tout en restant dans le processus de son utilisation habituelle. L’inutilité du geste de tailler les deux extrémités d’un crayon introduit une anomalie caractéristique du travail d’Elizaveta Konovalova. Le crayon devient alors losange, double flèche, ou encore boussole.


Enfin, le dialogue avec le contexte est un point essentiel dans le travail de l’artiste. Lors d’une résidence en Suisse, elle observe que la couleur de la rivière Inn change d’un jour à l’autre selon le temps : oscillant entre le bleu clair et le gris parfois très sombre. L’artiste décide de photographier quotidiennement l’eau de l’Inn, à la même heure et au même endroit. La totalité des prises de vue est retranscrite dans un livre Inn Diary. La contemplation et le reportage s’entremêlent dans cette collection d’images qui, de par leur succession, produisent un récit tout aussi documentaire qu’allégorique.


Elsa Delage, présentation Jeune Création 2013


Mon travail est surtout nourri par le défi d’un environnement nouveau. La rencontre d’un lieu, d’une situation, d’un objet, d’une histoire constitue pour moi un point de départ spontané et nécessaire. Une telle approche provient avant tout de ma volonté de questionner les aspects divers du monde et de préserver une approche expérimentale et un regard curieux.


Par la confrontation de mon intuition aux faits, je cherche à établir un dialogue avec un contexte qui s’offre à moi et à trouver un moyen plastique qui me permet d’élaborer un langage approprié.


La première de mes préoccupations est de concevoir des projets vivants – projets qui puissent s’activer ou se réactiver dans un contexte spécifique et exister ainsi à l’infinitif.


Ma démarche est pluridisciplinaire et s’attache à des formes simples, tout en donnant aux objets une dimension imaginaire, voire poétique, en les aliénant de leur fonction première et naturelle.


Elizaveta Konovalova


Présentation au Prix Découverte des Amis du Palais de Tokyo


Elizaveta Konovalova est la plus jeune des trois finalistes du Prix Découverte.

Née en 1986 à Moscou, elle est venue en France à l’âge de 15 ans pour suivre des études secondaires à Sophia Antipolis. Par la suite, elle est entrée aux Beaux-Arts de Paris, où elle a obtenu son diplôme en 2010. Elle était dans l’atelier de Jean-Luc Vilmouth.


Jusqu’ici, elle a montré son travail dans deux expositions personnelles, une aux Beaux-Arts en 2010, et la dernière à la Galerie du CROUS en novembre 2013.

Ella a participé à plusieurs expositions collectives, notamment au Salon Jeune Création 2013 au 104, où elle a retenu l’attention du jury, qui lui a attribué le Prix Boesner. Sa présentation lui a également valu un coup de cœur d’Yvon Lambert.


Elizaveta Konovalova s’exprime dans des médias très divers, l’installation, l’objet-sculpture, le dessin, la photographie, le livre et, à l’occasion, la performance et la vidéo. Tout dépend de la nature de son projet.


Pour faire court, je dirais qu’elle n’est pas une artiste conceptuelle mais plutôt « contextuelle ». C’est à dire :

Elle ne part jamais d’une idée préconçue, mais se laisse guider par un lieu ou une histoire qu’elle rencontre, ou encore par une simple observation du quotidien.


Le premier exemple est un projet photographique qui a fait l’objet d’un livre d’images qu’elle a exposé au Salon Jeune Création. Cela s’appelle Inn Diary, et le travail est né lors d’une résidence à Nairs en Suisse, un village au bord de la rivière de l’Inn.

En passant quotidiennement le pont qui enjambe la rivière, elle a remarqué que l’eau n’avait jamais la même couleur. Ses variations étaient à la fois dues à la météo et à l’activité de la centrale électrique en amont. Elle a donc décidé de photographier systématiquement l’eau de l’Inn, tous les jours à la même heure et au même endroit.

En tout, il n’y a pas loin de 600 photos qu’elle a réunies dans un livre de 1180 pages. Un livre qui constitue ce Journal de l’Inn, le journal d’une nature en constant mouvement et changement, et qui constitue en même temps une sorte de nuancier de couleurs.


Cette résidence à Nairs a donné naissance à un autre projet, un travail in situ dans un établissement thermal désaffecté.

Le nom du village Nairs provient du dialecte local et signifie noir ou sombre – en effet, en hiver, le soleil ne pénètre pratiquement pas dans cette vallée de l’Engadine profondément encastrée dans les montagnes.

Les murs du bâtiment de cure étaient autrefois recouverts de carrelage à mi-hauteur, aujourd’hui cette partie carrelée est couverte de papier peint blanc.

Elizaveta a réalisé sur la partie supérieure du mur un dessin au crayon, en utilisant le procédé basique pour créer de l’ombre. Ce qui a pour effet que la séparation entre les deux surfaces murales trace une ligne d’horizon et suggère un paysage hivernal, composé d’obscurité ou de grisaille et de neige.


Le titre de ce travail est Hiver, ce qui pourrait également convenir au projet qu’elle a réalisé à Moscou pendant l’hiver 2011 - 2012, une installation éphémère dans le Parc Ekaterinsky.

Cette installation s’appelle Noir et Blanc et est tout simplement constituée de neige de différentes teintes, ramassées dans les rues de Moscou et arrangées en sculpture rectangulaire dans un dégradé de couleurs blanc – gris – marron.


On retrouve cette même notion de dégradé de couleurs dans un autre travail plus récent qui a pour titre Aurora.

Il s’agit ici de sa collection de papier millimétré. Le  papier millimétré est une production à priori très standardisée au format A 4. Mais Elizaveta a trouvé une grande variété de papiers millimétrés, car chaque producteur l’édite dans une couleur différente, tout en restant dans des tons de pastel, plutôt clair.

En alignant ces feuilles de papier sur un mur, l’artiste obtient une sorte d’arc en ciel. Cette notion d’arc en ciel est encore plus visible dans l’installation d’Aurora à la Galerie du Crous, où elle a disposé les feuilles sur un mur courbe.


Dans la même exposition, une installation-sculpture qui fait de nouveau référence à la Russie. Il s’agit là d’un ensemble de 300 briques crues posées sur une palette de transport, mais entassées selon la mode russe, pour éviter que les briques bougent pendant le transport, on les entasse en forme de pyramide inversée ou en épi, comme on peut le voir sur une photo prise dans une usine de briques en Russie.

Donc, dans cette installation, tous les éléments fonctionnels de la structure d’origine sont conservés : on a bien 300 briques – la quantité d’une palette standard – assemblées en pyramide inversée. Avec une seule différence : on a sauté une étape essentielle de la chaîne de production habituelle – la cuisson de la brique.

Par conséquent, les briques n’ont pas de rigidité, elles s’assouplissent, elles se transforment sous le poids, elles s’effritent. La sculpture évolue donc au fil de l’exposition pour finalement s’auto - détruire.

Le titre de cette sculpture – Printemps – s’entend en contrepoint à l’acception traditionnelle de cette saison dans nos contrées – il se réfère plutôt à la réalité de cette saison à Moscou : le chaos urbain, où les masses de neige accumulées durant l’hiver fondent et se transforment en boue, en tas informes aux teintes de gris et de marron.


Retour à l’hiver russe avec une photo qui montre des bouleaux pliés ou plutôt courbés sous le poids de la glace suite à une pluie verglaçante, c’est un phénomène météorologique assez fréquent en Russie, qui touche particulièrement les bouleaux, car leurs troncs sont très fins et ne supportent pas la surcharge de la glace. Cela a donné l’idée d’une installation de grande envergure à Elizaveta Konovalova :

Déterrer des arbres courbés pour les replanter ailleurs en forme d’arc ou de haie d’honneur. D’où le nom du projet : le Salut.

Evidemment, ce projet demande quelques moyens, même s’il n’est pas nécessaire d’aller jusqu’en Russie pour trouver des bouleaux courbés, on en trouve aussi en France. En attendant de pouvoir réaliser ce projet, Elizaveta a fabriqué une maquette en céramique qu’elle a exposée à la Galerie du CROUS.


Un autre projet de plantation s ‘appelle Jardin et est parti d’une situation très triviale : tout le monde a déjà acheté des fruits dans un supermarché. La plupart du temps, ils sont conditionnés industriellement dans des emballages plastiques, comme les pommes sur la photo-document.

Elizaveta s’est posé la question s’il était possible de faire naître, à partir de ce produit industriel, quasiment stérile, une nouvelle plante naturelle. Elle a fait des essais avec plusieurs échantillons, et c’est ainsi que des pépins de pommes ont donné des pousses de pommiers.

De là est né le projet d’une installation d’une grande quantité de pots sous une verrière. Dans l’idéal, cette installation devrait durer plusieurs mois, voire plus, pour faire voir le lent processus de croissance d’un arbre fruitier, partant du pépin, en passant par la pousse et l’arbrisseau, jusqu’à l’arbre donnant à son tour des fruits. Ici, l’arboriculture devient objet d’art, tout en rendant à un produit industriel son statut naturel.


Un autre objet industriel et très quotidien : le crayon. Elizaveta en a fait un objet artistique et plutôt minimaliste en le taillant des deux côtés pour en faire une mini-sculpture biconique.

L’objet obtenu fait penser à l’aiguille d’une boussole. L’artiste a alors pensé à une installation nommée Pointing North, dans laquelle elle a disposé une grande quantité de ces crayons sur une table (qui pourrait être une table d’orientation), sauf que les crayons pointent dans des directions différentes. Ils sèment ainsi le trouble, ils deviennent le signe d’une désorientation, d’une perte de repères.


Retour en Russie, et plus précisément à Kronstadt, un port sur la Baltique, où Elizaveta était en résidence pendant l’été 2013. Cette résidence est située tout près de l’ancien chantier naval, qui était le poumon de Kronstadt pendant des décennies. Après une longue période de faillite et d’abandon, le chantier a repris son activité en 2010.

Elizaveta a voulu comprendre quelle était la relation entre la résidence d’artiste et la population locale. Elle a alors réalisé qu’elle était perçue en général comme un corps étranger, qui suscitait plutôt la méfiance que l’intérêt ou l’envie de rencontre.

Cette situation l’a incitée à chercher un langage plastique qui lui permette de rentrer en dialogue avec la ville et ses habitants.

Son attention s’est alors portée sur la sirène de l’usine, ou le Sifflet, comme elle l’appelle. Dans le temps, celle-ci a ponctué le rythme de vie des habitants, qui étaient évidemment pour la plupart des ouvriers du chantier naval.

En 2012, cette sirène a été remise en marche : chaque jour de la semaine, à 8 – 12 – 13 et 17 h, le  mécanisme est actionné manuellement par deux hommes.

Même si la sirène n’a plus de fonction pratique aujourd’hui, elle est un symbole fort pour la renaissance de cette ville profondément marquée par une crise économique et sociale, et elle agit sur la population de manière très positive, comme un éveil, un signe de vie. C’était le point de départ de la première performance d’Elizaveta.

Elle s’est dit que la résidence avait besoin d’un sifflet pour créer un lien avec la ville et son histoire. Elle a alors cherché un instrument qui pouvait reproduire au mieux le son de la sirène, son choix s’est porté sur le plus grand instrument à vent : le tuba. Elle en a trouvé un à  la Maison de la Culture de Kronstadt qui, depuis une vingtaine d’années, avait stocké une multitude d’instruments de musique dans un débarras. Ces instruments provenaient de l’ancien orchestre de l’Usine Navale.

Pendant deux semaines, l’artiste est sortie sur le balcon du deuxième étage de la résidence aux horaires du sifflet de l’usine : du lundi au vendredi, quatre fois par jour, elle a joué une note au tuba, en écho au son de la sirène. La performance a fait l’objet d’une vidéo d’une dizaine de minutes.


Pour finir, deux installations de son exposition aux Beaux-Arts en 2010. La première s ‘appelle Millefeuille.

Elle est constituée d’une superposition de draps de lit de deux places. Et, c’est important, ce sont des draps usagés, ils sont donc tous porteurs de traces de vies, chacun renferme et raconte en quelque sorte une histoire particulière.


La deuxième installation n’est pas horizontale, mais verticale, et fait entrer la ville dans un espace clos. En préparant son exposition, Elizaveta s’est demandé si l’espace était assez grand pour contenir une rue de Paris. Ses recherches ont abouti à une sélection de sept rues parisiennes, dont elle a pris les mesures exactes. 

Elle a alors découpé les surfaces de ces rues dans de la moquette qu’elle a ensuite roulées pour les aligner à la verticale contre le mur de l’atelier.

Cette installation visualise le contraste entre le côté miniature de ces voies à l’échelle de la ville et leur aspect plutôt monumental dans un espace intérieur.


Evidemment, ce projet peut s’adapter à divers espaces intérieurs, comme la plupart des installations d’Elizaveta Konovalova, qui a le souci constant de produire des formes simples et des projets vivants, c’est à dire des projets qui puissent s’activer ou se réactiver dans des contextes spécifiques.