CHARLES LE HYARICCharles_Le_HYARIC.html
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Effloraison


Les œuvres de Charles Le Hyaric sont des organismes abandonnés aux modulations de l'atome. Ce qui fait œuvre c’est le temps où on les rencontre. Son aspect n’en finit pas de surgir, avec ou sans nous. Et cette hasardeuse rencontre appartient tout autant au spectateur qu'au plasticien. Car la pièce ce n'est pas l'achèvement d'une figure, mais bel et bien son déploiement. A chacun des passages, il y a les modulations du temps sur les matériaux. 


Ainsi dans Naclo et infiniment. L’eau de javel mixée à la peinture à l'huile se dissout et se résout en forme figée. Le passage du produit, en strates, comme autant de coulées de lave, sculpte un paysage visiblement saisissant. Le temps prend forme…

Et soudain, par les œuvres de la matière elle-même, se révèle un étrange principe : la minutieuse formation des éléments au gré d'un temps plus ancestral, son action impalpable sur les formes naturelles. Ce qui est donné à voir, c'est la proposition d'un oeuvrage, offert à la visibilité, où l'artiste s'efface devant ce qu'il met en mouvement. Ses derniers travaux, tels que Carbonifère et Simulacre, complexifient le seuil de l’expérience en ajoutant les dimensions sonore, olfactive et spatiale aux imposantes carcasses de matière. Ça respire…


Il s'agit d'expérimenter, avant tout. Dans Peulven, la délicatesse des drapés contraste avec l'armature lourde qui les soutient. Fragilité, fugacité... les éléments se brisent dans l'action de la matière. La terre claquée, fracassée au sol, rendue mince et frêle, modulée par ces pétrissages successifs, est recueillie dans la forme qu'elle prend au lieu de sa chute. Ces plis, fruits d'artificier, miment la délicatesse de l'écorce. La main sensualise cette pâte inerte, cette matière grossière. C'est l'accident, porté par la main, qui donne la forme.


Mobiliser une communauté d'actes, quels qu'ils soient, en servant un but, relève du rituel. L'artiste est un vecteur : l'investigateur du mouvement de la matière. Il est la volonté, c'est-à-dire la force d'action qui met en branle la création, ce fruit qui n'en finit pas de se déployer, bientôt devenu créature. C'est l’effloraison de la forme sous une main soucieuse de taire son passage. Ici, nul connu n'apaise notre curiosité – cette curiosité assoiffée et intriguée de l'œil. Ces oeuvres d’expérimentation, fruits du déployer, s'agitent comme de curieuses étoffes, architectures de peau, cuirasses continents, amas graveleux, éclosions minérales, êtres éboulés. Beauté articulaire du hasard. Ses pièces constituent autant de fragments d'une mythologie tacite dont elles seraient le témoin. Un pan du cosmos, là où tout reste encore à voir, là où le savoir n'officie pas encore.


Margot Taupin


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Mythique Démocrite


Installation éphémère dans la Galerie gauche de l’ENSBA Paris, novembre 2014


Figure emblématique de la Grèce antique, Démocrite fut l’un des fondateurs de l’atomisme, théorie qui consiste à penser que l’univers est constitué uniquement d’atomes et de vide. De nombreux ouvrages de sa vie de voyageur, scientifique, astrologue et philosophe nous sont parvenus. Il écrivit notamment que la vérité se situe au fond d’un puits. Affectionnant les abeilles et leur nectar, il demanda à l’approche de sa mort que sa dépouille soit recouverte de miel.


L’installation de Charles Le Hyaric met en scène le paradoxe entre mythe et matérialisme, elle opère la jonction entre ce que l’on voit et ce que l’on croit voir, ce que l’on fantasme, transforme, sublime, et la réalité physique de la matière, « l’âme matérielle » du monde.

Ici les miroirs dévoilent de nouveaux espaces (aériens et souterrains), la canopée de toiles altérées nous plonge dans un « entre-deux », entre la terre et le cosmos, l’infiniment petit et l’infiniment grand.

Une bande sonore combine des enregistrements d’ondes magnétiques émis par des planètes de notre système solaire et du son des mouvements tectoniques de la croûte terrestre.

Une minuscule ouverture dans la paroi de toiles nous permet d’entrevoir « les funérailles de Démocrite », une sculpture-catafalque arrosée de miel liquide.